(AFP-MC) - Le grand Peter Stastny joue aujourd'hui le match le plus important de sa vie. Depuis 6h ce matin, heure de Québec, si tout se déroule normalement, Stastny tient une conférence de presse à Bratislava, capitale de la Slovaquie, pour dénoncer la mainmise sur le hockey slovaque de Juraj Siroky, un ancien membre du STB, l'équivalent tchécoslovaque du funeste KGB de l'URSS.
En plus de dénoncer à la presse slovaque le passé de Siroky, Stastny, ancien capitaine légendaire des Nordiques de Québec, accuse Siroky, dont la fortune est évaluée à un milliard et demi de dollars américains, d'avoir floué des dizaines de milliers de citoyens slovaques dans les années difficiles qui ont suivi la chute du Rideau de fer et la déclaration d'indépendance de la Slovaquie.
Rappelons que Stastny est un monument en Slovaquie, qu'il est membre du Temple de la renommée de la Slovaquie, du Temple de la renommée de la Ligue nationale de hockey, du Temple de la renommée de la Fédération internationale de hockey sur glace et récipiendaire de l'Ordre olympique.
M. Stastny est également membre du Parlement européen, où il représente la Slovaquie au sein de l'Union européenne.
«Je n'ai plus le choix, pour ma propre sécurité et pour le bien de la démocratie slovaque, il faut que le monde sache ce qui se passe dans mon pays», a-t-il dit, hier, lors d'une conversation téléphonique.
Pour que sa dénonciation ait un maximum d'impact, Stastny rend publique aujourd'hui une lettre qu'il fait parvenir à René Fasel, président de la Fédération internationale de hockey, à Jacques Rogge, président du Comité olympique international, à Gary Bettman, à Bill Hay, président du Temple de la renommée et à Hans-Gert Pöttering, président du Parlement européen.
Et ce qu'il dévoile à la face du monde est de la pure dynamite.
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Peter Stastny était un homme en plein coeur de la tourmente en juillet 2006, il y a 20 mois, alors qu'il était invité aux noces de Mélanie Aubut, la fille de Marcel Aubut. Il m'avait longuement expliqué ce qui se passait dans son pays et dans la Fédération de hockey slovaque. Il avait raconté comment les anciens du STB avaient pris le contrôle des affaires et de la vie politique de la Slovaquie. Comme Vladimir Poutine, un ancien du KGB soviétique, est devenu un véritable tsar en Russie.
Stastny, qui n'a jamais eu peur de défendre ses principes, était angoissé. Après avoir mené l'équipe slovaque à des sommets inégalés aux Jeux olympiques et aux Championnats du monde, il s'était fait brutalement tassé de la direction générale de l'équipe nationale par Siroky. «J'ai dévoilé en pleine télévision pendant l'entracte d'un match son passé dans les services secrets communistes. Disons que je suis plutôt prudent depuis ce temps», m'avait raconté Stastny.
Il préférait d'ailleurs que ses enfants vivent aux États-Unis et sa femme Darina allait le visiter à Bruxelles, siège du Parlement européen plutôt que d'aller à Bratislava. Après quelques jours, elle retournait à St. Louis, où les Stastny possèdent une résidence. «Parfois, je suis inquiète, mais rien ne peut arrêter Peter quand il croit en quelque chose de juste», m'avait-elle dit lors de la soirée.
Pour sa sécurité, Stastny m'avait demandé d'attendre avant de raconter aux lecteurs de «i»La Presse»/i» l'incroyable guerre dans laquelle il était engagé. Lui, fort de son statut de député européen et d'idole d'un peuple et d'une nation contre le milliard et demi et la mainmise sur le pouvoir sportif et politique de Siroky.
Aujourd'hui, une conférence de presse préparée dans le secret le plus absolu doit lui permettre de passer à l'attaque.
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Dans sa lettre rendue publique ce matin à Bratislava, Stastny est virulent: «M. Juraj Siroky est l'actuel président de la Fédération slovaque de hockey sur glace et sert également au sein du conseil de la Fédération internationale. Son passé a été révélé récemment par l'Institut officiel slovaque (UPN) sur le passé communiste des leaders et riches du pays. Le verdict est sans appel.
«M. Siroky était un officier supérieur (capitaine) dans la terrifiante STB, l'équivalent du KGB et de la Stasi est-allemande. Dans le plus fort de la Guerre froide, il a servi comme espion permanent et commandant en second à Washington.
«M. Siroky a toujours nié avoir travaillé ou collaboré avec le STB. Il a toujours menti au public ou aux médias. Il a sans doute inscrit «diplomate» dans son application au conseil de la Fédération internationale.
«L'UPN (l'institut officiel slovaque) n'a publié que la pointe de l'iceberg de ses filières. Il y avait son application pour travailler pour le STB avec les raisons données à sa demande. Lutter contre les ennemis intérieurs et extérieurs du régime communiste. Les ennemis intérieurs étaient tous les habitants dans le pays qui n'étaient pas d'accord avec l'idéologie Marx-Lénine. Comme moi-même, comme ma famille entière et comme des millions de Slovaques et de Tchèques croyant en Dieu et aux libertés démocratiques», d'écrire Stastny.
Puis, dans sa lettre, Stastny résume d'autres documents concernant le passé de Siroky et établissant les faits qui lui sont reprochés. «Le STB a été le plus craint et le plus épouvantables des architectes du régime diabolique communiste. Sa mission de garder le communisme à n'importe quel prix a été très douloureux et tragique pour les Tchécoslovaques. Ils vivaient dans une terreur constante de la persécution et de la punition. Des centaines de milliers de personnes ont été poursuivis et jetés en prison. Des centaines ont été exécutés, des dizaines de milliers de citoyens ont reçu des peines de plusieurs années et ont été confinés aux travaux forcés. Des millions d'autres ont souffert pour leurs croyances. Pertes d'emplois, pas de chance de promotion, instruction limitée une fois terminée l'école primaire et autres drames. Ils étaient des personnes innocentes.»
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Dans ses notes envoyées à La Presse pendant le week-end et lors de longues conversations, Stastny a dévoilé d'autres pans de la carrière d'homme d'affaires de Siroky. Il explique comment des dizaines de milliers d'honorables citoyens ont été floués par Siroky et ses amis de l'ancienne STB lors de la privatisation des biens de l'État à la chute du communisme.
Il raconte comment des complices de Siroky sont présentement détenus aux Bahamas et ont accusé Siroky d'avoir acheté sa liberté avec une somme de 1 million $US. De plus, le groupe Harvard, des compagnies d'investissements, a été fondé par Siroky, par Victor Kozeny et par Vostry. Les trois étaient membres de la STB. Vostry, fugitif de la République tchèque et se cachant présentement dans les Antilles, avait le grade de colonel dans le STB.
De plus, comme président de la Fédération slovaque de hockey, Siroky se serait servi de l'argent de la Fédération pour se faire des prêts sans intérêts. Cependant, quand la Fédération s'est trouvée à court de fonds, il lui a prêté 180 000 $US à un taux de 24%.
Enfin, Siroky a fini par racheter le club de Bratislava, l'équipe alma mater de Peter Stastny et de ses frères Anton et Marian. Selon Peter Stastny, comme propriétaire d'une équipe et président de la Fédération, Siroky est constamment en conflits d'intérêts. Il contrôle tous les comités incluant le comité des arbitres et la délégation des officiels à tous les matchs.
Il va sans dire que c'est un très important bailleur de fonds du parti au pouvoir en Slovaquie, parti dont les dirigeants ont flirté à divers degrés avec le Parti communiste de triste mémoire.
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Stastny n'a que sa réputation pour lutter contre Siroky. C'est pourquoi il conclut sa lettre en soutenant: «Je me tourne vers des gens qui partagent ma conviction qu'il faut au moins isoler toute personne qui a conspiré ouvertement contre la démocratie et ses valeurs.
«Je rends donc publique la décision que j'ai prise dans le but d'ajouter au débat public. Si M. Siroky n'abandonne pas toutes ses fonctions dans la Fédération slovaque de hockey dans trois mois à compter de ce jour, je vais me retirer du Temple de la renommée du hockey slovaque. En même temps, je vais demander qu'on retire la bannière portant mon nom et mon image du plafond du stade Slovan Bratislava aussi longtemps que M. Siroky va demeurer le propriétaire de mon équipe alma mater», écrit-il.
Comme si Jean Béliveau forçait George Gillett à retirer sa bannière et sa photo du Centre Bell. Et même là, il n'est pas certain que le statut de M. Béliveau soit l'équivalent de celui de Peter Stastny en Slovaquie.
Stastny a choisi le 10 mars pour attaquer publiquement Siroky pour différentes raisons. Une, c'est que ses proches et sa famille ne vivent plus en Slovaquie et sont en sécurité. Une autre, c'est que les Championnats du monde de hockey auront lieu à Halifax et à Québec dans moins de trois mois. Pour la première fois, ces Championnats auront lieu en Amérique. Des centaines de journalistes couvriront les Championnats. «Si Siroky est encore président, il va peut-être se montrer la face. Il y aura de nombreuses questions à poser», de dire l'ancien des Nordiques et député de la Slovaquie au Parlement européen à Bruxelles.
Publié par : Marcel Charland
à 12:16:00
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